Ces étudiants qui traversent la planète pour découvrir l'entrepreneuriat social

Si l'année de césure en milieu d'études encouragée par les grandes écoles françaises rappelle les congés sabbatiques que s'accordent beaucoup d'étudiants anglo-saxons ou scandinaves, elle en reste toutefois assez distincte. En effet, en France, elle est pour la majorité des cas l'occasion d'effectuer un stage en entreprise, et non pas de voyager, de faire du bénévolat, d'apprendre le ukulélé ou encore de faire la tournée des bars tchèques.

Toutefois, de plus en plus d'étudiants sortent de ce cadre étriqué et poursuivent un projet qui leur tient à cœur, à l'image de ces trois étudiants de l'Ecole Centrale de Nantes qui ont largué les amarres en 2012 pour un tour de l'Atlantique de 9 mois en bateau à voile. Même si beaucoup de recruteurs en France voient encore cela d'un mauvais oeil, associant l'année sabbatique à de simples vacances, celle-ci peut se transformer en véritable atout si votre projet a un sens et si vous arrivez à mettre en avant le savoir-être et savoir-faire que vous en avez retiré. Et n'oubliez pas que votre vie ne se résume pas à un CV.

 

Dans le domaine de l'économie sociale et solidaire, cette pratique a le vent en poupe.

 Tout a commencé en 2005, quand deux étudiants (Sylvain Darnil et Mathieu Le roux) ont décidé de faire un tour du monde pour rencontrer 80 entrepreneurs sociaux dont ils ont fait le portrait dans 80 hommes pour changer le monde, un livre qui a connu un fort succès.

« Entrepreneurs quoi ? »

C'est simple, ce sont des entreprises qui ont pour but de régler localement des problèmes de sociétés (pauvreté, accès au logement, exclusion, pollution, sous-nutrition..). La différence fondamentale avec une association humanitaire est qu'en faisant du profit, l'entreprise sociale propose une solution durable et qui ne dépend pas d'une charité à géométrie variable. De plus, les personnes concernées par ces problèmes deviennent actrices de leur résolution et non pas simplement bénéficiaires. Par exemple, en Inde, eKutir met à disposition de fermiers pauvres des outils informatiques disponibles dans des kiosques en échange d'un faible abonnement mensuel. Ceux-ci leur permettent d’augmenter leur productivité agricole en les aidant à déterminer leur prix de vente idéal, à repérer les bonnes semences,à anticiper les fluctuations climatiques...

 

Des dizaines d'étudiants, inspirés pas ce projet, ont décidé de tenter l'aventure. Parmi eux, Jonas Guyot et Matthieu Dardaillon ont décollé dans le cadre de leur projet Destination changemakers pour l'Inde, les Philippines et le Sénégal pour s'immerger dans le quotidien de trois entrepreneurs sociaux, avec qui ils ont travaillé. Leur action a par exemple abouti aux Philippines à la signature d'un partenariat entre Gawad Kalinga (qui construit des villages destinés aux plus démunis) et Schneider electrics qui permettra à ces villages d'être

alimentés en énergie solaire bon marché. Ils en ont également tiré un livre (A la rencontre des entrepreneurs qui changent le monde) et un nouveau projet (Ticket for change, qui permet à 50 personnes d'embarquer pour un tour de France d'entrepreneurs sociaux et d'être formées en vue de créer leur propre projet).

Certaines écoles essayent de répondre à cette nouvelle demande des étudiants, à l'image de l'ESSEC qui propose des cours sur l'entreprenariat social ou HEC qui a créé un MOOC sur cette thématique.

 

Idéalisme naïf, mode passagère, ou tendance de fond?

Il y a évidemment une forme d'enthousiasme idéaliste chez les personnes porteuses de ces projets, elles sont passionnées par les solutions innovantes apportées à des problèmes vieux comme le monde et leur voyage revêt une dimension presque initiatique : elles espèrent être "inspirées", connaître un changement profond, voir comment certains "changent le monde", etc.

Toutefois, de par la nature même des entreprises sociales, le pragmatisme est de rigueur; on y va d'abord pour apprendre : comprendre les défis auxquels font face ces entreprises et découvrir la réalité et le fonctionnement de ce qui n'était qu'un concept. On y va aussi pour faire connaître ces entreprises que l'on étudie peu, et ça marche : de nouveaux projets fleurissent en France comme Vidéaux qui produit des vidéos sur les entreprises innovantes du social business ou encore Planète d’Entrepreneurs qui aide des entrepreneurs sociaux à mesurer leur performance sociale. Enfin, un tel voyage demande énormément de préparation : la plupart ont coûté autour de 15 000 euros (souvent réunis grâce à du sponsoring, à une campagne de crowdfunding, à des apports personnels et à un prêt bancaire) et demandé plusieurs mois de préparation.

 

Quoi qu'il en soit, il revient à nous, jeunes, de décider si le social business sera ou non une tendance de fond. Que ce soit pour créer votre propre entreprise sociale, d'innover au sein de grands groupes comme ce fut le cas à Danone avec Danone Communities, de travailler dans le social business ou encore dans les associations comme Ashoka, MakeSense ou Enactus qui soutiennent ces entreprises, le choix est large. Le but lui, est simple : avoir un impact fort et positif sur la société.

En attendant, à vos baluchons !

 

Saad Loutfi